Il est écrivain. C'est un penseur, tout entier contenu dans le rêve de son personnage. Je suis l'héroïne, un peu lascive, vierge comme une page qu'il reste à écrire. Je le vois se préparer un café. Je repose entre les draps, œuvre de chair. Je sens qu'il me regarde, que l'idée de m'écrire le traverse. Il me crie : « retourne-toi !». Mon torse est menu, mes seins blancs, mon ventre se creuse et les draps dissimulent le reste de mon corps. De la pointe de son stylo, il se jette à l'eau. La mine glisse facilement, c'est une caresse poétique, une sensualité littéraire. Il écrit un premier jet, un paragraphe, très vite, trop à mon goût. Ma respiration trouble le trait de ses mots. Il se retire, se relit, corrige, vitupère. Il raye des phrases entières, il me fait mal. Puis plus lentement, il reprend. Sa réflexion l'entraîne plus bas. Entre mes jambes, il suspend sa trajectoire. Points de suspension. J'écarte les cuisses, je facilite la poursuite de son histoire. Il écrit « je », il parle de lui, de son amour pour moi, de l'épuisement des corps après l'étreinte. Je souris, il me dit : « tu t'épanouis ». Point d'interrogation. Plus assez d'espace de ce côté. Il me supplie de lui offrir une autre surface pour conclure. Je me tourne sur le ventre, docile infatigable. Il devient fiévreux, son stylo va plus vite, plus fort. Ma peau doit être bleue. Les pleins et les déliés de ses mots me caressent, suivent les courbes de mes fesses. Il sent, je sais, qu'il va terminer bientôt. Les virgules m'excitent, les points me font crier et les adjectifs dont je sens l'envolée me retiennent encore un peu. Pas une parcelle de mon corps ne restera intacte. Tout autour de ma gorge, il met un point final à notre histoire et me la dédicace par un baiser sans jeux de maux, pour la dernière fois.