La nuit profonde soudain se brise d'un éclat mat. Un rayon gris que l'aube trace jusqu'à mon lit vient percuter mon rêve et j'entends comme un cri qui s'achève. Quelqu'un tambourine à ma porte !
Elle me regarde. Les yeux déshabillés de leurs fards obscurs sont presque devenus enfantins et fragiles. Elle entre dans un sillage de matin froid, et lentement s'allonge en travers d'un divan dont j'avais oublié la profondeur lorsque mon corps s'enlace au sien. Elle ferme les yeux aussitôt et s'abandonne à mes mains.
Sa robe rouge et longue l'emprisonne savamment, je délie les lacets, dégrafe, défais un par un les boutons de nacre minuscules qui retiennent sa poitrine dans un corset de soie, glisse à la hâte vers ses cuisses mes mains maladroites, ses bas crissent et se déchirent, elle est nue ou presque, enveloppée dans un écrin de taffetas et de velours pourpre, son ventre blanc claque dans le silence comme un flash, son visage dissimulé gît, pâmé dans l'attente du plaisir.
Sa bouche dans l'ombre m'invite à l'étouffer. Je m'engouffre et me noie dans le parfum salé de sa langue qui me cherche et s'abrite contre mon palais, ses lèvres m'emprisonnent, me goûtent, se mêlent aux miennes avec le désir forcené de ne plus les quitter, je mords à peine les commissures entrouvertes de sa bouche qu'elle me dévore la moitié du visage avec passion, retenant dans un souffle son désir palpitant ; j'avance petit à petit dans la découverte astronomique de son désir ; elle n'est que soupirs et délices contenus.
Entre ses jambes, je m'aventure, je la sens fragile, douce comme une aube automnale que la nuit quitte à rebours. Je bois un instant le suc incandescent que son corps délivre et entreprends de savourer jusqu'au bout ce fruit absolu. Elle s'entrouvre et se referme, se donne et se reprend, s'oublie et se retrouve, elle se retient à mes épaules, elle sombre délicatement et mes mains la rejoignent.
De ses deux mains elle me garde contre sa bouche, étouffe son plaisir à l'intérieur de ma paume, un cri amorcé qui aussitôt s'éteint dans un souffle, une extase éreintée par la retenue. |