Je pense au carrefour de ma vie, à ces routes qui s’ouvrent devant moi et déjà je sais qu’une seule m’appartient, celle de ma destinée, celle faite de mes choix et de tout ce que je ne ferai pas. Ce que tu vois de moi aujourd’hui, c’est une femme, une jeune adulte, le regard direct posé sur l’objectif, et donnant la meilleure image d’elle-même.

Simple et tranquille, tournée vers l’avenir, déterminée, elle croit dans ce qu’elle est et dans sa capacité à réussir son existence. Certaine d’être une future bonne épouse, programmée pour être la mère que l’on attend d’elle, ses lèvres charnues et légèrement entrouvertes lui confèrent une motivation à appréhender le monde tel qu’il va se présenter. Elle croit en elle.
Mais que connais-tu de mes doutes, de mes pensées ? Finalement rien, tout comme lorsque tu imagines la vie de dizaine de personnes croisées quotidiennement. Tu ne leur prêtes que tes propres sentiments, émotions, tu les façonnes à ton image, tu les fais souffrir de tes propres maux… Aurais-tu peur d’être la seule à éprouver ce que tu ressens ? N’aie crainte, moi aussi j’ai peur, mais l’envie d’aller de l’avant - n’oublie pas je suis à l’aube de ma vie d’adulte - me fait et me fera progresser. Je suis résolument tournée vers l’avenir et je m’emploierai à me bonifier au fil des ans, car mon principal objectif est d’entrer dans la sphère de celles qui accèdent à un statut social respectable. Je veillerai à jouer de ma personne pour donner satisfaction à mon entourage et serai à la hauteur des attentes familiales et sociales.
La ligne de mon visage est bien marquée, la fierté de ma jeunesse est présente, je ne me rendrai compte que bien plus tard que cet ovale perd de sa perfection au fil des ans. Mais qu’importe je crois en la vie, le temps me paraît encore palpable. Je suis tournée vers l’avenir, le présent n’est pas encore mon temps.
Mais toi qui m’observes, sais-tu déjà celle que je deviendrai ? Crois-tu que je perdrai mes certitudes qui aujourd’hui me guident ? Crois-tu que je n’en ai pas conscience ? En fait je le sais sans le savoir. J’en ai la conscience intellectuelle, à travers les expériences de mon entourage, mais en aucun cas la conscience réelle. A l’orée de ma vie je crois que je saurai en éviter les écueils et faire de mon histoire personnelle un concentré de belles et bonnes choses, pour flirter avec le bonheur. Tu sembles bien dubitative… en y réfléchissant, je ne sais plus quoi en penser…
Laisse-moi vivre ma destinée, donne-moi le temps de découvrir, laisse-moi dans le charme des certitudes qui bordent si bien les contours de cette nouvelle route. Un jour peut-être je te rejoindrai, mais pour l’instant laisse-moi libre et fière.
Ma vie sera la mienne, beaucoup la croiseront, l’observeront, mais personne ne la vivra comme moi-même. Je laisserai apparaître mais ne me donnerai pas totalement à voir. Et c’est ainsi que mes enfants me percevront avant tout comme une mère et, peut-être plus tard, bien plus tard se demanderont-ils quelle femme j’ai bien pu être.