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Par Marion Mazô le 01/06/2009 | Réagir | Envoyer | Imprimer
Mon père, mon héros
Quel a été ton parcours pour arriver là où tu es ?

Je suis rentré en classe de première au Collège militaire de St-Cyr-l'Ecole près de Versailles. En plus des études j'y ai pratiqué beaucoup de sport, par goût mais aussi parce que je ne rentrais à la maison qu'à la fin de chaque trimestre. Ça m'a permis d'acquérir une bonne condition physique. C'est là que j'ai commencé le parachutisme. La chute libre était un bonheur. Quand je sautais le premier j'adorais rester quelques instants à la verticale pour regarder sortir les copains. Après Math Spé je suis rentré sur concours à l'Ecole de l'Air de Salon-de-Provence, Promotion Yves Brunaud (1974, la meilleure promo comme tout le monde s'en doute). J'ai été breveté pilote de transport en 1978 puis j'ai fait une carrière dans l'Armée de l'Air avec de nombreuses affectations dans l'hexagone mais aussi en Nouvelle-Calédonie et au Gabon. J'ai acquis de l'expérience sur de nombreux appareils, depuis le monomoteur à piston MH1521 " Broussard " jusqu'au triréacteur Falcon 50 en passant par le Noratlas, le Transall, le Nord 262, le Paris... Et j'ai eu la chance d'être initié au vol en hélicoptère avant de partir à Nouméa puisque là-bas l'escadron était mixte : avions et hélicoptères. J'ai travaillé tard le soir pour passer les certificats de pilote de ligne. J'ai quitté l'Armée de l'Air en 2000. J'ai passé quelques mois à Paris en formation instructeur sur simulateur de vol dans une grande compagnie aérienne française. Puis j'ai été retenu comme commandant de bord d'un avion privé. J'ai renoué avec le plaisir de piloter vraiment.
As-tu toujours voulu être pilote ? Réalises-tu ton rêve ?

Enfant je voulais voyager dans l'espace. Je me souviens comme si c'était hier de l'alunissage de Neil Armstrong et de Buzz Aldrin le 21 juillet 1969. Collins était resté en orbite lunaire. Participer à cette mission était exceptionnel mais ça a dû être frustrant de voir les copains poser le pied sur notre satellite et de ne pas pouvoir le faire soi-même. Je suis resté toute la nuit devant notre téléviseur noir & blanc pour suivre l'événement. Au petit matin je suis sorti dans le jardin, la lune était présente dans le ciel. Je me suis dit " il y a quelqu'un là, maintenant, j'aimerais y être et même continuer plus loin ".

Hélas la visite médicale préalable au concours de l'Ecole de l'Air a révélé que j'étais inapte au siège éjectable pour un problème de scoliose. Finie la " Chasse ", finies les étoiles. Je me contente de la première couche de l'atmosphère terrestre. Je ne peux pas monter plus haut mais mon métier me rend très heureux. Je ne désespère pas, dans une vie future je réussirai à mettre le pied sur une autre planète. Ça fait du bien aussi de rêver...

Le cercle familial a-t-il influencé ton choix ? (un père militaire)

Mon père, (ce héros), ne m'a jamais incité à être militaire. Il avait fait la guerre, a été blessé plusieurs fois. Il n'en parlait jamais. Ce que j'en ai appris c'est à l'occasion de visites d'anciens camarades qu'il retrouvait ou le passage d'amis à la maison. Il m'a demandé de bien réfléchir avant de signer et de peser toutes les conséquences de ce choix. J'ai même eu l'impression qu'il essayait de m'en dissuader. Mais finalement il m'a laissé décider. Je lui en suis reconnaissant. Ensuite j'ai eu la chance d'être physiquement apte et de réussir la sélection pilote.
Qu'est-ce que tu aimes le plus dans ton métier ?

La découverte. L'avion est un superbe outil qui permet de se déplacer vite et loin. Et là on découvre la diversité ethnique ou culturelle que l'on trouve déjà au coin de notre rue, avec des couleurs et des senteurs différentes. Je marche des heures dans les villes que je découvre pour m'imprégner de l'atmosphère, voir l'architecture, les gens, comprendre comment ils vivent. En fait je vis ce que l'on nous montre à l'écran, ce que je lis dans les livres.

Le vol par lui-même est agréable en fonction de la charge de travail. La vue d'altitude est parfois magnifique, sans limite. C'est un cours permanent de géographie en 3D. On se sent parfois petit en survolant un désert, un océan ou encore un volcan.

Quelles sont les contraintes ?

La disponibilité permanente, la préparation des vols et parfois de longues absences. Même si l'on a du préavis, il faut être disponible à tout moment pour modifier les prévisions, étudier la faisabilité d'un déplacement, préparer de façon administrative et technique les vols.

La vie de famille pâtit d'une absence de quinze à vingt jours par mois. C'est pourquoi, au cours de longs déplacements si nous restons quelques jours au même endroit je demande à mon épouse de me rejoindre. Cela nous permet de partager des moments précieux plutôt que les vivre uniquement à travers les photos que je peux ramener.

Quelle est ta plus grosse frayeur en vol ?

Elle date. Et c'est même une frayeur a posteriori. C'était il y a trente ans environ, j'étais aux commandes d'un petit biréacteur, un Morane Saulnier 760 " Paris " en descente, proche de la balise d'Epinal, quand, en sortant de la couche nuageuse nous sommes passés une dizaine de mètres derrière un avion d'aéroclub. Pas le temps de réagir, que le temps de voir la scène et de se rendre compte après coup que la collision a été évitée. Réfléchir aux conséquences éventuelles nous a donné une peur rétrospective. Elle n'a pas eu le temps de s'imposer sur le moment, il fallait se concentrer pour finir le vol.

Quel métier aurais-tu aimé exercer si tu n'avais pas été apte ?

Si je n'avais pas été pilote j'aurais peut-être fait paysagiste, ébéniste, charpentier ou tailleur de pierre, peut-être architecte, mais c'est plutôt un goût récent. En fait je pense que j'aurais pu faire de nombreux autres métiers, j'ai quelques facultés d'adaptation et d'apprentissage.

Penses-tu continuer de voler une fois à la retraite ?

Je ne sais pas. Il y a tellement de contraintes maintenant sur l'aviation légère dès qu'on veut sortir d'un tour de piste. La réglementation devient pesante. Mais je serais client et j'aurais le savoir-faire, peut-être aurais-je alors un autre état d'esprit ?

Je pense que je ferai quand même quelques vols pour faire plaisir à la famille. Pour montrer à ceux que je n'ai jamais pu emmener dans mon travail une ébauche de ce que mon métier a pu être. Surtout pour motiver les petits-enfants à bouger, les bousculer dans leur environnement et leur donner des aspirations saines, ou bien seulement pour avoir le plaisir de voir leurs yeux s'illuminer ?
Interview et photos Marion MAZO


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N°5 - Juin 2009

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