Le Métro, serpentin souterrain qui ondule dans le ventre de la terre, absorbant la foule par ses bouches béantes, rapide comme l’anguille ou se traînant tel un escargot soumis aux aléas humains ou techniques.
Il est machine ou repère pour l’utilisateur. Il est le lieu de toutes les pensées, profondes ou superficielles ; les gens y sont seuls, dans leur bulle au milieu de la foule gigantesque, sans cesse en mouvement.
Il dévore les kilomètres, les transformant en minutes. La distance et le temps deviennent une seule et même donnée. Les sonneries rythmées annonçant la fermeture des portes alternent avec le bruit assourdissant des roues métalliques sur les rails. Sa couleur bleue et verte, son look sobre le rendent impersonnel et si identifiable.
Il est le quotidien de millions de personnes, certaines d’entre elles y passant plusieurs semaines par an. Il accompagne, aide ou bien contraint ; il permet la liberté de déplacement, liberté sous condition, celle d’accepter le bruit, la promiscuité, les odeurs parfois nauséabondes et la fatigue. A lui seul le métro est le sujet de conversations types des personnes qui veulent échanger sans rien donner, au même titre que celui de la pluie et du beau temps. Il permet le dialogue de surface, en réunifiant malgré tout ceux qui le subissent.
Impersonnel, aléatoire, et pourtant le seul moyen de transport aussi performant en milieu urbain, il rend anonyme ceux qui au milieu de la foule l’utilisent ou en sont les otages. Il dort, elle lit, il regarde dans le vide. Ils rient, parlent, mangent, fouillent dans leur sac, ou font des sudoku. Ils tuent le temps pour ne pas suffoquer, pour oublier, pour optimiser un espace-temps qui leur est volé. Il, elle, ils, elles. Ces milliers de visages qui se voient sans se voir, dont les regards se décroisent pour respecter autant que faire se peut l’intimité de chacun mise à rude épreuve. Ils, elles, nous, vous dès demain matin, tous dans le ventre du serpent à l’assaut du genre humain urbain. |