
« Ferme les yeux »
Elle se tient debout au milieu d'une chambre d'hôtel. Un hôtel de luxe dont elle croyait ne jamais connaître la volupté.
« Ne bouge plus »
Elle l'entend marcher autour d'elle. Un frisson la parcourt. Elle est nue, complètement nue. Il déclenche.
« J'ai capturé ta douceur »
Elle se demande si elle peut ouvrir les yeux. Sa respiration, son regard, ses pas sur la moquette lui parviennent comme les signes essentiels de sa présence. L'objectif l'observe. Elle n'est plus très sûre d'aimer le jeu. D'être ainsi prise sous tous les angles. Elle se mord la lèvre inférieure pour ne pas pleurer.
« Tu es belle, vraiment belle »
Il déclenche en rafale. Et le silence, ce grand navigateur, reprend ses droits. Il s'installe longtemps et elle ne sait plus quoi faire de son corps, posé là.
« J'ai pris tes larmes »
Elle sait qu'elle ne doit pas prononcer un seul mot, ne pas prendre une seule initiative. Elle sait. Il la prend par la main et l'allonge sur le lit. Il lui dit de feindre le sommeil. Elle se tourne en chien de fusil, elle se retourne sur le ventre puis sur le dos. Il prend une photo à chaque fois, une seule, tout près d'elle.
« J'ai attrapé tes rêves »
Elle garde les yeux fermés car il ne lui a pas dit de les ouvrir. Elle imagine son regard, ses mains, elle aimerait le voir la photographier. Elle n'ose pas. Elle le désire. Elle dit en son for intérieur : « viens ! » mais il ne semble pas entendre. Pourtant il s'allonge à côté d'elle. Il pose l'appareil photo quelque part car ses deux mains prennent son visage et sa bouche la sienne. C'est comme une noyade merveilleuse qui n'en finit pas. Elle se perd, elle le cherche, mais déjà elle entend le déclencheur, plusieurs fois.
« J'ai volé ton désir »
Elle ouvre les yeux. Il n'est plus là.