
Il est 13 heures, une heure où le temps s'arrête sous la chaleur écrasante de ce mois d'août.
Allongée dans l'herbe de ce pré pentu, je m'emploie à respecter la consigne de cette grand-mère intransigeante, qui oblige sa petite-fille à faire la sieste quotidienne. Déjà rebelle, j'ai négocié de la faire hors de la maison sombre et de ce grand lit ancien qui m'inquiète, tant il est chargé de ces générations précédentes qui y ont vécu et qui y sont mortes.
Sur le dos, les bras en croix, j'ouvre grand les yeux pour suivre le spectacle qu'offre le ciel avec ses nuages en perpétuels mouvements. L'esprit aux aguets, mon attention se cristallise sur ces formes abstraites qui se transforment en personnages amis ou inquiétants. Tel un film qui se déroule devant mes yeux, des histoires éphémères prennent forme, formes qui se diluent à la vitesse du vent, tantôt avec la lenteur d'un ralenti, tantôt avec la vitesse de l'instant rare.
Ce cheval au galop, cet oiseau gracieux, cette tête de monstre aux yeux globuleux, sont autant de points d'appui pour m'échapper dans un monde irréel, lointain et forcément magique. Je me mêle au ciel, je suis l'air ou le coton du nuage et me déplace de manière aérienne au-delà de tout. Je fais corps avec les éléments. Les nuages blanc cotonneux, parfois effilochés, s'obscurcissent et annoncent un changement de temps si fréquent en ce mois d'août.
Dans mon rêve éveillé je ne perçois pas les effets de la météo, mais plutôt la transformation de ces personnages d'abord alliés puis ennemis inquiétants devant lesquels je me vois fuir. Je bondis de nuage en nuage, je vole et plane avec la légèreté d'une plume. L'enveloppe corporelle elle, est maintenue au sol, je la vois, telle une peau d'ours, écrasée et plate, sans vie, mon être tout entier s'en est échappé pour parcourir l'immensité de l'air.
Libre enfin, je plonge dans cette sieste refusée...