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Itsumaden,
combien de temps ?
 
 
Un cri dans la nuit pour les morts, combien de temps ?
L'oiseau noir gémit.
 
J'entends des voix. Et ces voix ont des ailes. Toujours ce cri d'oiseau entêtant : "Itsumade! Itsumade!".

N'arrivant plus à dormir, j'ai décidé de résoudre cette énigme, de faire taire cet oiseau de malheur que je ne vois pas.

Selon les chroniques de Taihei, durant l'automne de l'an 1334, le sinistre esprit oiseau apparut pour la première fois, de nuit, au-dessus de la salle de cérémonie du palais impérial de Kyoto. Il crachait du feu et poussait une plainte mystérieuse, Itsumade ! Itsumade ! " Combien de temps ?! Combien de temps ?! " Les nobles de la cour s'inquiétèrent et choisirent un maître archer pour tuer la créature. Ce dernier, nommé Hiroari, eut le bon goût d'ôter la pointe fourchue de sa flèche avant de la décocher, afin d'éviter qu'elle ne reste plantée sur le toit du bâtiment impérial s'il venait à manquer sa cible. Ce simple geste, en passant, lui valut un renom impérissable.

Quand l'immense oiseau tomba du ciel, ils virent qu'il s'agissait d'une bête chimérique au corps de serpent, au visage humanoïde, avec des griffes acérées comme des couteaux et dont l'envergure mesurait environ cinq mètres. Son apparition coïncidait avec une épidémie de peste dévastatrice qui s'abattit sur Kyoto, quand les cadavres des innombrables victimes furent jetés en vrac aux abords de la capitale. Il est dit que le monstrueux Itsumaden est né de l'amertume des esprits de tous ces morts abandonnés et qu'il survolait par sympathie pour eux, les lieux où les vivants les avaient laissés.

Où sont les experts au tir à l'arc quand on a besoin d'eux ? Oki no Jirō Saemon Hiroari, pourquoi n'es-tu pas, comme ta légende, à l'épreuve du temps ?

J'imagine que ce cri en forme de question a transpercé depuis les cieux nocturnes d’innombrables champs de batailles et charniers. Ses dernières apparitions ont dû être particulièrement sonores en Arménie à l’aube du XXème siècle, en Allemagne, en Pologne et en France pour un concert macabre dont le point d’orgue, en 1945, se serait fait l’écho du silence résonnant des violons tziganes et des chants yiddish. Sans aucun doute, la question de l’oiseau noir se serait également posée de façon mémorable dans les années 1990 presque simultanément au Rwanda et en ex-Yougoslavie ; les tympans des milices hutues et des Serbes de Srebrenica ont certainement vibré à l'unisson. Si le volatile funèbre n'avait aucune raison de se faire entendre à Timisoara en 1989, la population roumaine aurait eu, quoi qu'il en soit, tout le loisir de s'accoutumer à ses gémissements nocturnes depuis 1946.

Plus récemment, je suppose que les cris de la créature se sont fait insistants au-dessus de la mer de Barents troublée par le naufrage de l'équipage du sous-marin russe Koursk K-141 en août 2000. Comment cette plainte qui m'obsède jour et nuit n'a-t-elle pu perturber les vacances de monsieur Vladimir Poutine qui, dans sa villa de la Mer Noire en compagnie de ses amis en bras de chemise, se préoccupait davantage du succès de son barbecue ?

Plus je le cherche et plus je l'entends. Itsumaden. L'ombre de ses ailes se propage comme une marée noire sur les pages pas si blanches de l'Histoire. Combien de temps ? Animal domestique indésirable de tant de dirigeants aux cols immaculés, de têtes couronnées d'or et de sang, frère caché de l'aigle aux éclairs de l'ouest et de l'aigle à deux têtes de l'est, le cauchemar s'est détaché du drapeau. Et il parle. Il me parle.

Je ne comprends toujours pas. Pourquoi moi ? Je ne suis qu'un modeste employé au service clientèle d'un grand constructeur automobile.

Combien de temps ?
Texte Guillaume LUISETTI
Illustration Jacques DUVAL


Betobeto-san

Guillaume Luisetti01/06/2009
Quand je marche, il marche aussi, à deux pas de ma démence. Il me suit, il m'observe, il m'écoute, je ne peux pas le sentir. Il n'a pas de visage, pas de corps. Il ne dit rien. Il n'est que l'écho de ses pas qui me suivent inlassablement. Collé à mes talons, il est l'ombre de mon ombre. Je l'appelle Monsieur Poisseux, Betobeto-san.

Création du jour et de la nuit

Monique Maggiolo01/04/2009
Il y a très très longtemps, la nuit n'existait pas. À cette époque-là, seules les plantes croissaient sur terre. La flore se gavait de la luminosité permanente, envahissait tout l'espace et grandissait, grandissait...
 

N°4 - Mai 2009

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